Le rôle du mantra

La source d'illumination du mantra est pleine d’énergie consciente, elle possède des pouvoirs extraordinaires. Il en est ainsi pour le mantra Aum qui remonte à l'époque  la plus ancienne. Dans les Védas se trouve la Gayatri, répétée aussi de nos jours, mais on a dit autrefois que ce mantra était réservé à certains ; on ne pouvait le donner à tous. Seuls les enfants brahmines le recevaient de leur père qui l'avait  reçu de leur père. Ainsi de siècle en siècle, la Gayatri fut transmise de père en fils, comme premier mantra accepté par les hindous. Quand j'étais  jeune, j'ai  reçu un livre sanscrit disant que la Gayatri est un mantra incomparable.
S’il est vrai que la Gayatri est unique et si elle est réservée à certains, alors qu'y a-t-il pour les autres ? Heureusement l'école des tantras a beaucoup élargi cette manière de voir en faisant connaître plusieurs mantras et en indiquant ceux qui correspondaient aux différentes divinités adorées. Ces mantras ont tous été transmis par les rishis qui les ont vus dans leur expérience spirituelle et leur illumination. Il faut savoir que le mantra n'est  pas toujours formé de la seule syllabe Aum. Chaque aspect de Dieu a un son ou un mantra particulier.
Les tantras donnent beaucoup d'instructions  à ce sujet, avec des détails précis indiquant comment le son est utilisé pour chaque aspect de la divinité, quel est son effet produit par le son, en indiquant aussi la philosophie et le rythme. Pour mieux le comprendre, nous avons besoin d'un  exemple.
Le mantra commence toujours par le son Aum, premier mantra des Védas et des Upanishads. Il n'y  a pas d’autre mot aussi plein de signification. Aum est le pranava. Les chants commencent par le pranava. Puis vient un autre son particulier à la divinité adorée. Chacune des divinités différentes a un son particulier ou un mantra qui peut être court. Quelquefois il y a seulement un son ou quelques lettres assemblées. Il en est ainsi du mantra de la Mère Divine, composée de seize lettres sur lesquelles on médite pendant la nuit de pleine lune. Il y a par exemple les deux sons : haim et hrim. Ils sont répétés pour éveiller en nous l'image de la divinité sur laquelle nous méditons. On dit qu'il suffit de répéter ces sons
La méditation demande une grande préparation. Quand on médite, on évoque tout d'abord en soi la forme de la divinité. Cela semble difficile à beaucoup de personnes en Occident ; elles me disent, « Oh ! je ne peux pas visualiser ! »
En Inde, chaque aspect des différentes divinités a une forme décrite avec tous les détails. C'est la même chose en Occident pour Jésus. Chaque artiste a représenté le Christ a sa manière. Toutes ces images ne sont pas les mêmes, mais certains détails évoquent sûrement le Seigneur Jésus. Nous le reconnaissons sans qu'il soit nécessaire à l’artiste d’identifier le sujet. Il en est de même en Inde pour les différentes divinités. Des détails indiqués permettent à l’adorateur de visualiser devant lui la divinité adorée. Dans les chants, ces détails sont décrits. Ainsi l’adorateur commence à réciter le japa en visualisant en lui la forme de la divinité ; puis il répète le mantra. Alors il se produit progressivement un changement interne par l’influence du mantra. On dit qu'il devient vivant et puissant. C’est la puissance du mantra qui produit le changement.
Enfin, si l’adorateur a déjà visualisé en lui la divinité sur laquelle il a médité, il peut arriver à en avoir intérieurement la vision. C’est la deuxième partie de l’activité du mantra.
Il y a une troisième partie, plus universelle, très connue en Inde : les noms de la divinité : Shiva, Rama, Krishna, Durga, Ganesha et d’autres. Pour les dévots, les noms de la divinité sont identiques à la divinité elle-même. On ne pense pas que la divinité est une chose et ses noms une autre. Il en est ainsi du mantra shabda-brahman et de Brahman éternel. Les Écritures du tantra disent que le son est éternel. Aum est identifié à Brahman.
Ainsi nous nous pénétrons mieux de l’importance attribuée au mantra dans la religion hindoue. C'est  par la vibration des sons du mantra que se forme, dans le disciple, la vibration juste qui amène à celle du Suprême lui-même. C’est l’explication. Nous avons dit que derrière tout ce qui existe est Brahman, la réalité ultime. Brahman est en nous et autour de nous, seul et unique. Il n'y a rien d'autre.
Avant la création était le son, shabda-brahman. La création est précédée par la pensée. La pensée ne peut exister sans les mots. Les mots ne peuvent exister sans les sons. Donc, le son, shabda-brahman, est absolument nécessaire. Quand vous méditez sur l'aspect de Brahman qui est le son, vous suivez par le son le chemin qui vous amène à Brahman lui-même.
Il y a d'autres explications. Vous pouvez en demander d'autres et choisir celle qui vous convient le mieux. Il est bon d'entendre plusieurs explications. Elles ne sont pas tellement différentes les unes des autres et elles arrivent toujours au même point.
Dans la littérature tantrique, la répétition du mantra a une grande importance. Nous essaierons de comprendre l'explication que donne le tantra à ce sujet.
Tandis que le Brahman du Védanta représente l'Unique et Ultime Réalité qu'on appelle aussi l'Absolu, il se trouve divisé en deux aspects différents dans le tantra. L'un de ces deux aspects est appelé chit. C'est l'aspect statique, infiniment subtil et illuminé. L'autre aspect, plus grossier, est appelé shakti. C'est l'aspect dynamique, qui est la source de toute création, sous sa forme de vibration primordiale. Tout ce que nous voyons autour de nous, êtres, objets et choses matérielles sont des manifestations extérieures des vibrations. Ainsi, shakti est l'aspect grossier et chit, l'aspect subtil de l'énergie originelle.
Shakti est aussi appelée nada, shabda ou prana.
Nada, le son, peut être considéré comme l'âme de l'univers et l'on dit que la création a commencé par un son. C'est shabda-brahman, le Suprême manifesté dans le son.
Prana représente le souffle qui anime tous les êtres vivants. Mais nous devons nous souvenir que nada, shabda et prana ne sont pas séparés de chit. Chit et shakti ne sont pas différents. Ils sont les deux aspects de la même Réalité, et, en shakti manifestée dans les éléments grossiers, se trouve chit, caché, à l'état subtil. Sri Ramakrishna avait coutume de dire que Brahman et shakti sont inséparables, indissociables, tels le feu et son pouvoir de brûler. Il en est de même pour chit et shakti dans le tantra.
Chit existe donc en tout ce qui est manifesté dans le monde sous des formes subtiles ou grossières. On peut seulement dire que dans les formes subtiles chit est prédominant, tandis que dans les formes grossières il l'est moins, et c'est alors shakti qui prédomine, en tant que nada, prana ou shabda. Nous devons comprendre ainsi que dans toutes les manifestations de nada, shabda ou prana chit est présent à l’état subtil. Chit existe en tout ce qui est créé.
Nada, le son, est considéré comme un des éléments les moins grossiers de la manifestation de shakti. C’est donc en utilisant nada, que chit pourra être atteint plus facilement. Et ainsi le tantra utilise le son, qui est une vibration subtile, pour parvenir à chit. Par ce moyen, chit sera éveillé plus facilement que par des objets matériels et grossiers.
Rappelons-nous que chit est l’illumination, et qu'il faut arriver au cours de la sadhana à atteindre chit pour obtenir la Réalisation. Le tantra va ainsi se servir du son et de la vibration subtile des mots qui composent le mantra pour éveiller chit. En utilisant l’aspect dynamique, shakti, sous sa forme la moins grossière, celle du son (nada), le tantriste parviendra à chit, qui est le but à atteindre, l’illumination.
Le mantra, par la vibration du son, est donc l’expression matérielle la moins grossière, et par conséquent la plus proche de chit. La répétition du mantra facilitera cette approche.
C’est la description donnée dans le tantra qui explique pourquoi on doit faire le japa, et comment on doit méditer sur le mantra.
Les savants reconnaissent que cette découverte de la répétition du mantra est vraiment une contribution importante apportée par le tantra. Elle nous montre la relation très proche qui existe entre nada et chit, c'est-à-dire entre le « son » et « l'illumination », et elle nous explique que tous deux ne sont pas différents de l'énergie cosmique, shakti.
On peut penser qu'un tel sujet n'est pas si simple et que le rôle du gourou est décisif. Le gourou doit nous comprendre et choisir le mantra approprié à chacun. Mais il est bon de connaître un peu l'enseignement du tantra.