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Un aperçu de la symbolique des différents personnages de la Bhagavad-Gita et du Mahabharata

Découvrons cette symbolique 


avec Yves Baudron


 
 

Kṛṣṇa est le personnage central de tout le Mahābharata et de la Bhagavad-Gītā en particulier. Il incarne la Réalité ultime, infinie, absolue. Il est le Sat-Cid-Ânanda, Être, Conscience, Félicité, des advaita-vedantins. Le Kṣetra-jña, le connaisseur du champ. Son nom est dérivé de la racine “kṛṣ-”, attirer. Il est celui qui nous attire sur le chemin intérieur. Lui seul donne l'éveil spirituel et la foi. Cette même racine verbale possède une seconde acception : labourer. Et, comme le laboureur met la terre en valeur pour lui faire produire ce qu’elle a de meilleur, Kṛṣṇa laboure le champ (kṣetra) des trois enveloppes corporelles du jīva (grossière, subtile et causale) pour lui faire produire le meilleur, le lâcher-prise intérieur qui n'est autre que mokṣa, la libération. Il a pour conque Pañcajanya, celle qui est produite par les cinq éléments.

Le roi Pāṇḍu a eu deux épouses : Kuntī et Madrī. De la première, il a trois fils, de la seconde des jumeaux. Ces cinq fils forment les Pāṇḍavas.

Arjuna vient de ṛju, adjectif qui signifie droit, honnête, sincère, pur. On pourrait donc traduire par  : celui qui est clair, brillant. Fils spirituel de Indra, roi des Dieux, et 4ème fils de Pṛthā (= Kuntī), il incarne la sincérité et la foi pure. Il est guidé et conseillé par Dieu qui conduit son char. Il est l’instrument entre les mains de Dieu.

Les 5 chevaux blancs qui tirent son char incarnent les 5 sens de l'homme et ils sont maîtrisés par Dieu lui-même. Ils ne peuvent donc que suivre le chemin du Dharma. Ils sont blancs car ils représentent la pureté parfaite. Le char d'Arjuna est fils du Feu, il incarne la flamme de la droiture, son étendard porte un singe en l’hommage de Hanuman, symbole de la dévotion et de la fidélité parfaites du disciple envers son maître, sa conque, Devadatta   signifie ce qui est donné par Dieu . En réalité, pour le disciple parfait, tout est donné par Dieu. 

Yudhiṣṭhira, son frère aîné et second fils de Kuntī, a pour père spirituel la force même du Dharma, l’Ordre moral et spirituel universel. Son nom signifie : celui qui est ferme dans le combat. Sa conque se nomme Anantavijaya : victoire éternelle.

Bhīma, le troisième fils de Kuntī, est le Terrible (qualité rajasique). Il incarne la force, mise au service du spirituel, de la vérité, donc force juste. Il tuera, à la fin, Duryodhana (tamasique) en suivant les conseils de Kṛṣṇa lui-même. Sa conque est Pauṇḍra.

Son père spirituel est Vāyu  : le vent. Il nous enseigne que la voie de la Connaissance intérieure n’est pas un chemin lénifiant. Elle demande force et courage. 

Nakula et Sahadeva, les jumeaux, sont les fils spirituels des Aśvins et de Madrī, princesse des Madras, deuxième épouse de Pāṇḍu. Les Aśvins, dieux jumeaux d’une grande beauté, sont associés à la lumière de l’aurore, ils président à la médecine, à l’agriculture et au mariage.

Nakula signifie  : la mangouste. Cet animal est très vénéré parce que précis dans l’action et qu’il incarne la rapidité, l’agilité, la décision. Sa conque est Sughos‹a, celle qui est forte.

Sahadeva signfie  : avec Dieu, il incarne la soumission à Dieu, il est le jumeau cadet de Nakula. On pourrait traduire par “Celui qui demeure avec Dieu ”. Sa conque est Maṇipuṣpaka, celle dont le fruit est un joyau. 

Dhṛtarāṣṭra, le roi régnant, désire détourner le trône au profit de son fils aîné. Il incarne le jīva inférieur, le ahamkara (l’ego), on pourrait traduire par celui qui est attaché à ses sens . C’est pour cela qu’il est aveugle, car centré sur lui-même. Il a une centaine de fils à l’image de la suite infinie des désirs égocentriques. Ses fils incarnent les multiples formes du désir. Il a une seule fille Duḥśalā qui signifie : la mauvaise flèche. 

Duryodhana, fils aîné de Dhṛtarāṣṭra et de Gāndhārī. Il incarne la puissance de la qualité tamasique. Son nom signifie  : le mauvais combattant. Il sera tué par Bhīma qui lui brisera la cuisse.

Karṇa, l’oreille d’or, fils de Sūrya, le soleil, et de Kuntī (il est son premier fils, né hors mariage). Il incarne la loyauté qui fait allégeance à une mauvaise cause. Héros au grand cœur, il sera tué par Arjuna, son demi-frère. La loyauté ne peut survivre que si elle est liée au dharma. Or, Karṇa fait allégeance à l’égoïsme de Duryodhana. De plus, il est en proie à la jalousie face à Arjuna.

Droṇa et Bhīṣma instructeurs fidèles, placent le service de l’état, de l’institution, avant toute autre considération. Ils incarnent les Hauts Fonctionnaires, Gardiens de l’ordre établi. Ils sont appelés à disparaître car ils entretiennent des liens trop humains. Ils souhaitent conserver leurs avantages liés à leur rang social. Or, ici, l’esprit du dharma est en opposition avec l’Etat, incarné par le roi régnant.

 

Chacun de ces personnages représente une des composantes de l'homme.

Il est à remarquer que ce combat épique a, certes, pour source l'égoïsme de Dhṛtarāṣṭra mais également une erreur majeure de Yudhiṣṭhira qui, lors d'une partie de dés avec Duryodhana,  a joué sa propre femme Draupadī. Les dés étaient pipés, certes, mais ceci est inconcevable pour tout indien. C'est une faute contre le Dharma, son père spirituel, contre sa propre nature. Chacun doit suivre son svadharma.

 

Enfin le Kurukṣetra (dharmakṣetra) est le champ de bataille, ou mieux, la scène de la Vie, scène sur laquelle se déploient toutes les composantes de l’être humain. Il peut être perçu comme  le macrocosme (l’univers) ou comme le microcosme (les trois enveloppes corporelles de l’homme) .

L’enseignement principal de la Bhagavad-Gītā, au travers de l’histoire de Arjuna et de Kṛṣṇa, est que la Connaissance suprême n’est accessible que par une pureté parfaite et une foi adamantine. La fin du Mahābharata, lorsque les cinq Pāṇḍavas quittent le monde humain pour accéder au Vaikuṇṭhaloka, le monde divin, montre que tout est à sa place dans le jeu divin. Nous ne devons pas rejeter une partie de nous-mêmes, nous devons nous accepter en totalité pour recouvrer notre vraie nature. L’ennemi du champ de bataille est notre obstacle intérieur, dans notre propre mental . Nos périodes de doute, notre manque de foi (śraddhā), sont la source de nos tribulations. C’est un combat intérieur que nous livrons à maintes reprises au cours d'une vie humaine. Avec force, courage et foi nous pouvons surmonter ces épreuves.

 

 


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